jueves, 21 de noviembre de 2013

Petite digression

Me he encontrado casualmente con un examen de filosofía del bachillerato francés que propone un comentario de un texto que, a mi modo de ver, es un ejemplo magnífico del tipo de textos que deberían trabajar nuestros bachilleres en el caso de que algún día remoto tengan posibilidad de hacer filosofía en serio en los institutos.

Para entenderlo bien hay que saber que el hospicio parisino de los "Quinze-Vingts" recogía una comunidad de trescientos ciegos que vivían de las limosnas que recogían cuando salían por la ciudad.

Petite digression

      Dans les commencements de la fondation des Quinze-Vingts, on sait qu’ils étaient tous égaux, et que leurs petites affaires se décidaient à la pluralité des voix. Ils distinguaient parfaitement au toucher la monnaie de cuivre de celle d’argent ; aucun d’eux ne prit jamais du vin de Brie pour du vin de Bourgogne. Leur odorat était plus fin que celui de leurs voisins qui avaient deux yeux. Ils raisonnèrent parfaitement sur les quatre sens, c’est-à-dire qu’ils en connurent tout ce qu’il est permis d’en savoir ; et ils vécurent paisibles et fortunés autant que les Quinze-Vingts peuvent l’être. Malheureusement un de leurs professeurs prétendit avoir des notions claires sur le sens de la vue ; il se fit écouter, il intrigua, il forma des enthousiastes : enfin on le reconnut pour le chef de la communauté. Il se mit à juger souverainement des couleurs, et tout fut perdu. 

      Ce premier dictateur des Quinze-Vingts se forma d’abord un petit conseil, avec lequel il se rendit le maître de toutes les aumônes. Par ce moyen personne n’osa lui résister. Il décida que tous les habits des Quinze-Vingts étaient blancs : les aveugles le crurent ; ils ne parlaient que de leurs beaux habits blancs, quoiqu’il n’y en eût pas un seul de cette couleur. Tout le monde se moqua d’eux, ils allèrent se plaindre au dictateur, qui les reçut fort mal ; il les traita de novateurs, d’esprits forts, de rebelles, qui se laissaient séduire par les opinions erronées de ceux qui avaient des yeux, et qui osaient douter de l’infaillibilité de leur maître. Cette querelle forma deux partis. Le dictateur, pour les apaiser, rendit un arrêt par lequel tous leurs habits étaient rouges. Il n’y avait pas un habit rouge aux Quinze-Vingts. On se moqua d’eux plus que jamais. Nouvelles plaintes de la part de la communauté. Le dictateur entra en fureur, les autres aveugles aussi : on se battit longtemps, et la concorde ne fut rétablie que lorsqu’il fut permis à tous les Quinze-Vingts de suspendre leur jugement sur la couleur de leurs habits. 

      Un sourd, en lisant cette petite histoire, avoua que les aveugles avaient eu tort de juger des couleurs ; mais, il resta ferme dans l’opinion qu’il n’appartient qu’aux sourds de juger de la musique.

            Voltaire - 1766

8 comentarios:

  1. O tres cientos de ciegos o trescientos ciegos, ¿no?

    ResponderEliminar
  2. Amén. Cada vez se me cuelan más gazapos.

    ResponderEliminar
  3. Esta historia es una pura delicia. Solo un manco estaría a la altura de escribir un comentario sobre ella.

    ResponderEliminar
    Respuestas
    1. Apreciado Gregorio Luri:
      Lamentablemente, mi teclado sufre un síndrome de hiperactividad sofística. Ahí va.

      Ya sea por condición natural o corrupción adquirida, la imaginación del hombre no se satisface con las formas que le ofrecen sus sentidos. Incitado por el tedio y el deseo, cae en la aberración de dar crédito a lo que no percibe ni puede conocer. En contrapartida, experimenta la satisfacción de reconocerse (entre sus semejantes) en aquello a lo que otorga prestigio y estima. Abandona así el examen escéptico en favor de la servitud voluntaria.
      La opinión, o mejor las diferentes formas de vanidad, originan el orden jerárquico, las querellas absurdas entre facciones y los abusos. Se podría reprochar al autor la habilidad de sugerir, oculta bajo la lógica algo mecánica de un ingenuo relato, la tesis de que dicho proceso es inevitable en la evolución de toda sociedad. Por otro lado, que un ingenio semejante merezca un jardín, es bien plausible. Que tenga la oportunidad de disfrutarlo debe considerarse, además, una suerte.
      El cuento contiene una enseñanza. Entre el Brie y el Bordeaux existe una diferencia significativa.

      Eliminar
  4. Aquests francesos...

    Diuen que en una prova de redacció per superar allò que aquí anomenem batxillerat (una redacció de veritat, tot sigui dit) el tema proposat va ser: "Le risque". Diuen també que un dels examinands, al cap de no res, va presentar el full amb el seu escrit: "Le risque c'est ça".

    No em consten les discussions del tribunal ni la decisió que va prendre, però admeto suggeriments sobre la decisió més encertada.

    Pel que fa a la cosa dels cecs i dels sords, podríem afegir-hi els geperuts si recordem que "cap geperut no es veu el gep".

    ResponderEliminar
    Respuestas
    1. El gato de Schrödinger2:18 a. m., noviembre 24, 2013

      La anécdota, en imágenes. Era una película.

      Eliminar
    2. Yo hubiera aprobado a ese estudiante arriesgado.

      Eliminar